Une recherche démontre que déménager est une grande source de stress—davantage, même, que le divorce. Imaginez, alors, quitter un appartement dans lequel vous habitez depuis longtemps, dans un immeuble qui vous est familier, dans un quartier que vous connaissez, et emménager ailleurs, le temps de rénovations majeures. Vous réintégrez, plus tard, votre chez-vous, mais n’y reconnaissez que très peu de choses. Tout est nouveau; moins familier, moins vous.

C’est ce que vivront bientôt les résidents des Habitations Saint-Michel Nord, dans le quartier Saint-Michel, à Montréal. Les bâtiments, construits en 1972, nécessitant de sérieux travaux, leurs locataires seront temporairement relogés afin de pouvoir effectuer des rénovations. Lorsqu’ils réintègreront leur domicile, ceux-ci trouveront un immeuble tout neuf; un nouvel espace à s’approprier.

Pour créer une familiarité entre ce nouvel environnement et ses résidents, la Société d’habitation et de développement de Montréal a fait appel à MU et à l’artiste-mosaïste Laurence Petit, qui ont développé un projet de mosaïque réalisé par et pour les habitants des Habitations Saint-Michel Nord.

«On voulait bonifier du mobilier urbain qui sera installé dans deux ans, quand les travaux seront finis», explique Laurence Petit. «Le but est que les gens se sentent impliqués dans ces rénovations. C’est un très grand chantier—c’est quand même un gros choc pour les habitants. On voulait que les locataires s’approprient leur espace et leur environnement quand les travaux seront terminés; que le bâtiment, bien que neuf, ait quelque chose de familier.»

Enfants et adultes ont mis la main à la pâte au fil du projet, créant des mosaïques qui se retrouveront, à la conclusion des travaux, imbriqués à leur quotidien. Le tout a été pensé pour s’harmoniser aux plans des architectes et avec la décoration extérieure.

En plus d’amener les locataires des Habitations Saint-Michel Nord à s’approprier leur nouvel espace, le projet a également permis à ceux-ci de se rencontrer, d’interagir et de créer des liens.

«Ça représente toujours un défi quand on travaille avec beaucoup de gens qui ne partagent pas nécessairement la même langue, la même culture. Je pense notamment à une dame du Bangladesh qui ne parlait ni français, ni anglais—ses enfants traduisaient un peu pour elle. Mais nous avons tout de même réussi à tisser des liens par l’art. C’est une belle façon d’entrer en relation.»